Monsieur le Président du Congrès,
Monsieur le résident du Sénat, Monsieur le
Premier Ministre, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Mesdames et
Messieurs les Ministres, en m’adressant à vous
aujourd’hui, j’ai conscience d’inaugurer
un changement profond dans notre tradition républicaine.
Depuis 1875, le Chef de l’État n’avait
pas le droit de venir parler devant les assemblées. Il ne
pouvait communiquer avec elles que par des messages écrits
qu’on lisait à sa place. Cette règle
avait été posée dans un climat de
méfiance, où la République se sentait
fragile et menacée. Cette époque est
révolue depuis longtemps. La République est
solidement ancrée dans notre pays. Le temps était
donc venu que s’établissent entre le pouvoir
législatif et le pouvoir exécutif des rapports
plus conformes à l’esprit d’une
démocratie apaisée.
Une démocratie apaisée, ce
n’est pas une démocratie où tout le
monde est d’accord, mais une démocratie
où tout le monde s’écoute et
où tout le monde se respecte.
Si j’ai voulu m’exprimer devant vous
aujourd’hui, c’est pour montrer
l’importance que j’attache au Parlement,
à son rôle, à son travail.
C’est un moment important, je le sais. Je
l’aborde avec gravité, avec humilité,
tant la situation que nous vivons est sans
précédent. Nul, dans ces circonstances,
n’est assuré de détenir la
vérité.
J’ai voulu venir vous dire les
conséquences que je tire de la crise. J’ai
déjà eu l’occasion de parler de la
politique européenne de la France et de ce que celle-ci
souhaitait pour réguler la mondialisation.
Aujourd’hui, c’est de notre pays, de
l’avenir qu’il peut se construire, que je suis venu
vous parler.
La crise n’est pas finie. Nous ne savons pas quand
elle se terminera. Nous devons tout faire pour que ce soit le plus
rapidement possible. En attendant, nous devons continuer à
soutenir l’activité, nous devons continuer
à garantir la stabilité de notre
système bancaire, nous devons protéger nos
concitoyens les plus fragiles, ceux qui souffrent le plus –
et il y a beaucoup de souffrance dans notre pays.
Nous devons tout faire pour éviter que les victimes
de la crise ne deviennent des exclus que nous ne pourrions plus,
ensuite, réinsérer dans
l’économie et dans la
société.
L’exclusion, c’est sans doute ce que la
crise peut engendrer de plus grave.
Relâcher notre vigilance, nos efforts pour conjurer
ce danger au prétexte que la crise serait finie, ce serait
irresponsable. Ce ne serait pas seulement compromettre la reprise, ce
serait surtout hypothéquer lourdement notre avenir.
L’idée selon laquelle nous pourrions nous
en sortir en laissant une partie des Français sur le bord du
chemin, c’est une idée injuste et par-dessus tout
une idée fausse.
L’idée selon laquelle nous pourrions nous
en sortir en abandonnant une partie de nos territoires et de nos
quartiers, c’est une idée fausse.
L’idée selon laquelle, parce que la crise
serait prétendument terminée, nous ne devrions
plus nous préoccuper de ses conséquences
sociales, de ses conséquences humaines, c’est une
idée dangereuse.
Je vais aller plus loin.
Considérer la crise comme une parenthèse
qui sera bientôt refermée, faire comme si tout
devait recommencer comme avant, comme si nous allions pouvoir penser
comme avant, nous comporter comme avant, avec les mêmes
critères, les mêmes méthodes, serait
une erreur fatale.
Rien ne sera plus comme avant.
Une crise d’une telle ampleur appelle
nécessairement une remise en cause profonde. On ne peut pas
assister à une telle catastrophe sans remettre en cause les
idées, les valeurs, les décisions qui ont conduit
à un tel résultat.
En nous obligeant à tout remettre à
plat, en ébranlant les dogmes et les certitudes, la crise
nous rend plus libres d’imaginer un autre avenir.
Depuis la fin de la guerre froide, la mondialisation semblait
imposer à tous l’idée qu’il
n’y avait qu’une seule voie à suivre,
qu’il n’y avait qu’un seul
modèle possible, qu’il n’y avait
qu’une seule logique. La crise ayant fait la
démonstration que cette voie était une impasse,
nous voici désormais tous ensemble contraints de trouver
d’autres chemins.
Je l’ai dit il y a quelques jours à la
tribune de l’Organisation internationale du travail, il y a
en définitive deux types de mondialisation : celle
qui privilégie la croissance externe, chacun cherchant par
tous les moyens à prendre les emplois et les
marchés des autres, et celle qui privilégie la
croissance interne, c’est-à-dire un
modèle de développement dans lequel chacun,
produisant plus et consommant davantage, contribue au
développement de tous.
La première mondialisation pousse à
l’extrême la logique de la
compétitivité à tout prix en recourant
à toutes les formes de dumping, à des politiques
commerciales agressives, à l’écrasement
du pouvoir d’achat et du niveau de vie.
La deuxième s’appuie sur
l’augmentation de la productivité,
l’élévation du niveau de vie,
l’amélioration du bien-être.
La première est conflictuelle, la
deuxième est coopérative.
La première oppose le progrès
économique et le progrès social. La
deuxième, au contraire, lie l’un à
l’autre.
Tout l’enjeu aujourd’hui est de faire
passer la mondialisation de la première logique à
la seconde.
La crise va y contribuer parce qu’elle annonce un
monde où la demande de justice, de régulation et
de protection sera plus forte. Qui peut croire que les peuples subiront
sans rien dire les conséquences douloureuses de la crise,
qu'ils ne réclameront pas plus de protection, plus de
justice, qu'ils supporteront de nouveau, comme si de rien
n'était, les parachutes dorés et les gains
mirobolants des spéculateurs ?
Le monde d'après la crise sera un monde
où le message de la France sera mieux entendu et mieux
compris.
Ce sera un monde dans lequel, compte tenu de sa culture, de
ses valeurs, la France sera mieux armée que beaucoup
d'autres pour réussir.
Le modèle de la croissance interne dans lequel le
progrès social, le progrès humain vont de pair
avec le progrès économique, c'est celui qui a
toujours permis à la France de remporter ses plus beaux
succès.
Fonder sa compétitivité, non sur des
politiques sacrificielles qui dégradent le niveau de vie,
mais sur la recherche d'une productivité globale par la
qualité de son éducation, de sa santé,
de sa recherche, de ses services publics, de sa protection sociale, de
ses infrastructures, par sa qualité de vie, par la
mobilisation de toutes ses ressources matérielles et
humaines, par une complémentarité
réussie entre l'initiative privée et l'action
publique, c'est au fond ce que la France a toujours voulu faire.
C'est ce qui correspond le mieux à son
génie.
C'est ce qui correspond le mieux à son
idéal.
C'est ce qu'au fond nous voulons tous, au-delà des
divergences que nous avons sur les moyens à mettre en
œuvre, sur les réformes nécessaires
pour y parvenir, sur l'importance de la responsabilité
individuelle ou sur la définition de
l’égalité.
Nous aimons tous notre pays.
Nous partageons les mêmes valeurs fondamentales.
Nous voulons que chacun ait les mêmes droits et les
mêmes devoirs, que chacun se sente respecté, que
chacun ait sa place dans la société.
Le modèle républicain reste notre
référence commune. Et nous rêvons tous
de faire coïncider la logique économique avec cette
exigence républicaine.
Ce rêve nous vient, pourquoi ne pas le dire, du
Conseil National de la Résistance qui, dans les heures les
plus sombres de notre histoire, a su rassembler toutes les forces
politiques pour forger le pacte social qui allait permettre la
renaissance française.
Cet héritage, j’en ai conscience, est
notre héritage commun.
Nous devons même nous souvenir des Trente
Glorieuses, non avec nostalgie, mais pour nous rappeler que ce miracle
d'un idéal républicain en prise avec les
réalités de son temps et tirant de la France ce
qu'elle a de meilleur est toujours possible quand nous sommes
rassemblés.
Ce que nos pères ont fait avant nous, il ne tient
qu’à nous de savoir le faire à notre
façon et à notre époque.
Bien sûr, le monde a changé et nous ne
reviendrons pas au monde des Trente Glorieuses.
Bien sûr, pendant trente ans les valeurs
françaises ont été à
contre-courant de celles qui dominaient 1’économie
et la politique mondiales.
Mais qui ne voit que la crise mondiale crée de
nouveau des circonstances favorables à cette aspiration
française à mettre l'économie au
service de l'Homme, et non l'inverse ?
Tout nous y ramène : la crise
économique, la crise sociale, la crise écologique.
Au moment même où il redevient
évident pour tout le monde que le développement
économique ne peut être durable que s'il respecte
l'Homme et s'il respecte la nature, au moment même
où le monde redécouvre les limites d'une logique
exclusivement marchande, au moment même où
s'impose à tous la nécessité de
réguler la mondialisation et les marchés, le
modèle français a de nouveau sa chance.
Le modèle de croissance de demain ne sera pas celui
des Trente Glorieuses – la révolution
écologique et la révolution numérique
vont transformer radicalement les modes de consommation et les modes de
production – mais il aura des ressorts semblables.
Sans même nous en rendre compte, responsables
politiques de droite et de gauche, nous avons laissé faire
la part trop belle au capital financier et sans doute trop
écouté les leçons de ceux qui, en
même temps qu'ils se scandalisaient de l'endettement public,
mettaient de gigantesques leviers d'endettement au service d'une
spéculation effrénée. (Applaudissements.)
Dans le nouveau modèle de croissance que la France
appelle de ses vœux, qu'elle cherche à construire,
une place plus grande doit être faite au travail, aux
entrepreneurs, aux inventeurs, aux créateurs, à
la production.
Dans le monde qui vient, nos ingénieurs, nos
savants, nos artistes, notre culture du service public, notre
savoir-faire dans l'articulation entre le secteur privé et
le secteur public qui s'inscrivent dans une longue tradition vont
redevenir des atouts considérables.
Raison de plus pour ne pas éluder quelques
questions cruciales.
Pourquoi le fossé est-il si grand entre nos
idéaux et la réalité
sociale ? Pourquoi ce fossé n'a-t-il
cessé de se creuser depuis plusieurs
décennies ?
Pourquoi – et personne, quelle que soit son
appartenance politique, ne peut s’abstenir de se poser la
question – l'avenir est-il à ce point
vécu comme une menace et si peu comme une promesse ?
Pourquoi les parents ont-ils si peur pour l'avenir de leurs
enfants ?
Pourquoi un tel malaise ? Car il y a bel et bien un
malaise, et ce malaise est profond.
Ces questions, il nous faut avoir le courage de nous les poser
et d'y répondre.
La crise a remis le modèle français
à la mode. Hier décrié, il se trouve
aujourd'hui reconnu pour son rôle d'amortisseur social. Mais
la crise est aussi un puissant révélateur de nos
défaillances et de nos faiblesses. Faire le dos rond en
attendant que ça passe serait une faute.
Rien n'était moins propice aux grands changements
que l'inertie des temps ordinaires. Ce que nous ne ferons pas
maintenant, nous ne le ferons pas plus tard. Nous manquerions une
chance historique.
La crise ne peut pas déboucher seulement sur la
remise en cause des autres. C'est aussi le moment ou jamais de nous
remettre en cause nous-mêmes.
Notre avenir se décide maintenant.
Comment l’affronter si nous ne sommes pas
assurés de nos valeurs ?
Où en sommes-nous avec le principe
d'égalité ?
Ne sommes-nous pas progressivement passés sans
toujours nous en rendre compte de l'égalité
républicaine à
l'égalitarisme ?
La République, c'est la promotion sociale
fondée sur le mérite et le talent.
L'égalitarisme, c'est donner la même chose
à tout le monde.
La République tire tout le monde vers le haut.
L'égalitarisme, c'est le nivellement par le bas.
Qui ne voit que notre modèle
d'intégration ne fonctionne plus ?
Au lieu de produire de l'égalité, il
produit de l'inégalité.
Au lieu de produire de la cohésion, il produit du
ressentiment.
Je ne veux pas rouvrir le débat sur le terme de
discrimination positive dont j'ai conscience qu'il renvoie à
des histoires, à des traditions différentes des
nôtres. Mais je veux dire que pour atteindre
l'égalité, il faudra savoir donner plus
à ceux qui ont moins, il faudra savoir compenser les
handicaps de ceux auxquels la vie a donné
d'emblée moins de chances de réussir
qu'à tous les autres.
Il ne faut pas le faire sur des critères
ethniques : ce serait contraire à nos principes les
plus fondamentaux. (Applaudissements.) Il faut le
faire sur des critères sociaux. Mais il faut le
faire : ce sera la priorité du prochain
Gouvernement.
Nous avons fini par prendre à bras-le-corps le
problème de la rénovation urbaine. Nous nous
sommes occupés des bâtiments :
c’était absolument nécessaire.
Maintenant, nous devons nous occuper des personnes. Je sais bien
qu’il y a des réticences, qu’il y a des
inerties. Sachez que ma détermination est totale. Nous ne
pouvons pas continuer à proclamer des valeurs et
à tolérer qu’elles soient à
ce point contredites par les faits. Cette contradiction est
destructrice : elle est destructrice moralement, elle est
destructrice socialement. Je ne peux d’ailleurs pas parler de
l’égalité sans penser à nos
compatriotes d’outre-mer. Comment pourraient-ils se sentir
pleinement citoyens de notre République si notre
République tient si peu à leur égard
la promesse d’égalité qu’elle
fait à tous les citoyens ? Je parlerai avec eux des
moyens par lesquels la République pourra tenir ses
engagements. Je parlerai avec eux des moyens juridiques et des moyens
matériels qui sont nécessaires pour y parvenir.
Nous ne pouvons pas, là non plus, au nom d’une
conception exclusivement formelle de
l’égalité, laisser perdurer une
situation aussi contraire à nos principes. Je ne
m’y résignerai pas.
Où en sommes-nous avec la
laïcité ? Je ne réemploierai
pas l’expression de laïcité positive pour
ne pas alimenter une polémique inutile.
Un parlementaire. Tant mieux.
M. Nicolas Sarkozy, Président
de la République. Mais je reste ferme sur
l’idée que la laïcité, ce
n’est pas le refus de toutes les religions. Ce
n’est pas le rejet du sentiment religieux. La
laïcité, c’est un principe de
neutralité et un principe de respect. La
laïcité, c’est le respect de toutes les
opinions et de toutes les croyances. Quand Jules Ferry a
écrit aux instituteurs, il leur a dit :
« Au moment de proposer aux
élèves un précepte, une maxime
quelconque, demandez-vous s'il se trouve à votre
connaissance un seul honnête homme qui puisse être
froissé de ce que vous allez dire. Demandez-vous si un seul
père de famille, je dis un seul, présent
à votre classe et vous écoutant, pourrait de
bonne foi refuser son assentiment à ce qu'il vous entendrait
dire. Si oui, abstenez-vous de le dire. »
Qui peut oublier que la séparation de
l'Église et de l'État s'est faite dans la
douleur ? Mais sommes-nous obligés de continuer
cette guerre qui n'a plus lieu d'être ? Nous ne
sommes pas menacés par le cléricalisme. Nous le
sommes davantage par une forme d'intolérance qui
stigmatiserait toute appartenance religieuse. Je le dis en pensant en
particulier aux Français de confession musulmane :
nous ne devons pas nous tromper de combat. Dans la
République, la religion musulmane doit être autant
respectée que les autres religions.
Le problème de la burka n'est pas un
problème religieux, c'est un problème de
liberté, c’est un problème de
dignité de la femme. (Applaudissements.)
La burka n'est pas un signe religieux, c'est un signe d'asservissement,
c'est un signe d'abaissement. (Applaudissements.)
Plusieurs parlementaires. Très
bien !
M. Nicolas Sarkozy, Président
de la République. Je veux le dire
solennellement : la burka ne sera pas la bienvenue sur le
territoire de la République française. Nous ne
pouvons pas accepter dans notre pays des femmes prisonnières
derrière un grillage, coupées de toute vie
sociale, privées de toute identité. Ce n'est pas
l'idée que la République française se
fait de la dignité de la femme. (Applaudissements.)
Le Parlement a souhaité se saisir de cette question. C'est
la meilleure façon de procéder. Il faut qu'il y
ait un débat et que tous les points de vue s'expriment.
Où ailleurs qu'au Parlement pourraient-ils mieux le
faire ? Mais je vous le dis, nous ne devons pas avoir honte de
nos valeurs. Nous ne devons pas avoir peur de les défendre.
Où en sommes-nous avec la
liberté ? Qu'en avons-nous fait ?
La liberté, ce n'est pas le droit pour chacun de
faire ce qu'il veut. Être libre, ce n'est pas vivre sans
contrainte et sans règle. Quand il n'y a pas de
règles, quand tous les coups sont permis, ce n'est pas la
liberté qui triomphe, c'est la loi de la jungle, la loi du
plus fort ou celle du plus malin.
C'est le débat que nous avons sur
l'école : rendre service à nos enfants,
c'est leur enseigner qu'il n'y a pas de liberté sans
règle.
C'est le débat que nous avons sur
l'économie, sur la finance, sur le capitalisme. Nous voyons
bien que le capitalisme devient fou quand il n'y a plus de
règles.
C'est le débat aussi que nous avons sur le droit
d'auteur. Car enfin, comment pourrait-il y avoir dans notre
société de zones de non-droit ? Comment
peut-on réclamer en même temps que
l'économie soit régulée et qu'Internet
ne le soit pas ? Comment peut-on accepter que les
règles qui s'imposent à toute la
société ne s'imposent pas sur Internet ?
En défendant le droit d'auteur, je ne défends pas
seulement la création artistique, je défends
aussi l'idée que je me fais d'une
société de liberté, où la
liberté de chacun est fondée sur le respect du
droit des autres. C'est aussi l'avenir de notre culture que je
défends. C'est l'avenir de la création.
Voilà pourquoi j'irai jusqu'au bout. (Applaudissements.)
Le débat sur la liberté, c'est aussi le
débat sur la sécurité et sur les
prisons. Quelle est la liberté de celui qui a peur de sortir
de chez lui ? Quelle est la liberté pour les
victimes si leurs agresseurs ne sont pas punis ? Comment
peut-on parler de justice quand 82 000 peines ne sont pas
exécutées parce qu'il n'y a pas assez de places
dans les prisons ?
Comment accepter à l'inverse que la situation dans
nos prisons soit aussi contraire à nos valeurs de respect de
la personne humaine ? La détention est une
épreuve dure, elle ne doit pas être
dégradante. Comment espérer
réinsérer dans la société
ceux qu'on aura privés pendant des années de
toute dignité ?
L'état de nos prisons, nous le savons tous, est une
honte pour notre République, quel que soit, par ailleurs, le
dévouement du personnel pénitentiaire. (Applaudissements.)
Nous construirons donc d’autres prisons, nous
construirons des places dans les hôpitaux pour les
détenus souffrant de troubles psychiatriques. C'est une
nécessité pour la liberté de tous.
C'est une nécessité morale. Ce sera un
impératif du prochain Gouvernement.
Mesdames et messieurs les députés,
mesdames et messieurs les sénateurs, comment pouvons-nous
espérer redonner à notre modèle social
toutes ses chances de réussite si nous ne sommes pas au
rendez-vous des décisions difficiles ?
Ces décisions, nous les connaissons tous :
le lycée, l'université, la formation
professionnelle, les retraites, la dépendance, les services
publics, l'organisation de nos structures territoriales et, bien
sûr, les déficits.
Beaucoup a été fait depuis deux
ans : le RSA, l'autonomie des universités, la
réforme des régimes spéciaux, le
service minimum, la carte judiciaire, la réforme
hospitalière, la restructuration de notre appareil
militaire, la réduction des effectifs de la fonction
publique, la fusion de l'ANPE et de l'UNEDIC, la fusion des
impôts et de la comptabilité publique, la
réforme de la représentativité
syndicale.
C'étaient des décisions difficiles
à prendre. Nous les avons prises. Je ne critique personne de
ne pas les avoir prises auparavant. Je me pose simplement la question
de savoir pourquoi, oui, pourquoi il est si difficile de
réformer notre pays.
Pourquoi est-il si difficile de résoudre les
problèmes structurels que, par ailleurs, chacun
d’entre nous connaît parfaitement ?
La fusion de l'ANPE et de l'UNEDIC attendait depuis vingt ans,
celle de la comptabilité publique et des impôts
depuis dix ans. Quant au Livre Blanc sur les retraites de Michel
Rocard, qui fait autorité, il a aujourd'hui dix-huit ans.
Comment se fait-il que, malgré les efforts de tous
– je ne fais pas de ce point de vue de différence
entre la droite et la gauche car ce serait trop réducteur
–, comment se fait-il que l'on ait obtenu si peu de
résultats structurels en matière de
chômage ? Comment se fait-il qu'il y ait autant
d'exclus ? Comment se fait-il que le malaise des jeunes soit
si persistant ? Comment se fait-il que le malaise des classes
moyennes soit si grand ? Comment se fait-il que nous ne soyons
pas arrivés depuis vingt ans à mieux nous
préparer au vieillissement de la population, qui
n’est quand même pas une nouvelle que nous avons
apprise il y a quelques semaines ?
Comment se fait-il que nous ayons autant tardé
à entreprendre la révolution verte du Grenelle de
l'environnement, dont nous savions pourtant depuis longtemps qu'elle
était absolument inéluctable ? Comment
se fait-il que nous ayons autant de mal dans notre pays à
préparer l'avenir ? Au fond, comment se fait-il
que, tous ensemble, nous ayons pris autant de retard ?
Quand on regarde tout ce que la société
civile a fait, quand on voit comment la société
française s'est transformée, quand on voit la
capacité d'innovation dont elle fait preuve, quand on voit
ce que le courage, l'énergie, l'intelligence des
Français sont capables d'accomplir, on se dit que si
l'État avait joué son rôle de force
d'entraînement, de force de progrès, comme il l'a
fait si souvent dans notre histoire, s'il avait
été davantage du côté des
entrepreneurs, des créateurs, des inventeurs, la France
aurait résolu beaucoup de ses problèmes et les
Français regarderaient de nouveau l'avenir avec confiance.
La France, en vérité, a fait dans la
durée un double mauvais choix. Nous aurions dû
faire beaucoup d'économies de gestion : nous ne
l’avons pas fait. Nous aurions dû concentrer
beaucoup de moyens sur les dépenses d'avenir : nous
ne l’avons pas fait.
Je ne mets pas en cause telle ou telle famille politique, tel
ou tel gouvernement : c'est une responsabilité
incontestablement partagée.
J'y ai beaucoup réfléchi. Je crois que,
la crise aidant, le moment est venu de remettre en cause les principes
d'une politique qui nous a enfermés dans des contradictions
de moins en moins soutenables. Je ne fuirai pas mes
responsabilités devant la grave question des
déficits de nos finances publiques, mais je ne ferai pas la
politique de la rigueur, parce que la politique de la rigueur a
toujours échoué. Je n'augmenterai pas les
impôts, parce que l'augmentation des impôts
retarderait longtemps la sortie de crise et parce qu'en augmentant les
impôts quand on est au niveau de
prélèvements où nous nous trouvons, on
ne réduit pas les déficits, on les augmente. (Applaudissements.)
Je ne sacrifierai pas l'investissement, parce que sans
investissement il n'y a plus d'avenir et que la politique du
rationnement aveugle de la dépense est une politique qui
conduit à ne pas choisir et qui, au bout du compte, ne
permet pas de maîtriser la dépense. Cette
politique a trop souvent conduit à couper dans les bonnes
dépenses tout en laissant parallèlement filer les
mauvaises.
Chaque fois que l'on a fait la politique de la rigueur, on
s'est retrouvé à la sortie avec moins de
croissance, plus d'impôts, plus de déficits et
plus de dépenses.
Oui, nous avons un problème de finances publiques.
Oui, nous avons un problème de déficits. Mais
nous ne le résoudrons pas de cette manière. Nous
devons, me semble-t-il, changer radicalement notre façon de
poser le problème.
Il y a le mauvais déficit :
c’est celui qui finance les mauvaises dépenses,
les gaspillages, l'excès de bureaucratie, les frais de
fonctionnement trop élevés. Ce déficit
structurel doit être ramené à
zéro par des réformes courageuses que nous
mettrons en priorité du calendrier d’action du
prochain Gouvernement. (Applaudissements.)
Il y a un deuxième déficit : le
déficit qui est imputable à la crise,
à la diminution des recettes, à l'augmentation
des dépenses sociales. C'est un amortisseur social. Il a
bien fonctionné. Il a permis à la France de
limiter les effets de la crise. Après celle-ci, il faudra
résorber ce déficit imputable à la
crise en y consacrant l’intégralité des
recettes de la croissance.
Il y a enfin le déficit qui finance les
dépenses d'avenir. Il n'est pas anormal de financer
l'investissement par l'emprunt. Ce peut être un bon
déficit, à la condition expresse qu'il permette
de financer de bons investissements.
La question centrale est donc celle de la qualité
de la dépense publique. La logique de la rigueur l'occulte
parce qu'elle conduit à ne plus s'interroger que sur les
conséquences budgétaires à court terme
des décisions que l’on prend. Mais quand on ne met
pas de moyens suffisants dans la lutte contre l'exclusion, quand on ne
veut pas investir dans les internats d'excellence, quand on ne veut pas
investir dans les écoles de la deuxième chance,
quand on n'a rien à proposer aux jeunes entre seize et
dix-huit ans qui sortent de l'école sans diplôme,
sans formation, sans perspectives, quand on perd la trace des enfants
en difficulté, qui se trouvent de facto
exclus du système scolaire avant d'avoir achevé
leur scolarité obligatoire, parce que l’on n'a pas
de structures adaptées pour eux, on ne fait pas
d’économies. On prépare une
augmentation considérable des dépenses futures,
parce que l'on paiera très cher le coût de cette
désocialisation. (Applaudissements.)
Je proposerai donc aux partenaires sociaux de prendre des
mesures massives en faveur de l’activité
partielle, et d’étendre encore le contrat de
transition professionnelle.
J’affirme que tout licencié
économique – je dis bien : tout
licencié économique – doit pouvoir
garder son salaire et recevoir une formation pendant un an. Je dis
qu’au lieu de se résigner à ce que la
crise produise de l’exclusion, du désespoir, de la
souffrance, il vaut mieux en profiter pour investir dans les hommes,
dans leurs compétences, pour que demain ils travaillent
mieux, qu’ils aient de meilleures perspectives de promotion.
C’est l’intérêt de tous.
C’est un investissement.
Je veux dire à ceux qui
s’étonnent que l’on puisse
s’endetter pour doter le Fonds stratégique
français d’investissement que ce fonds nous aide
à créer des emplois, à
préserver des avancées technologiques et que, de
surcroît, il rapportera de l’argent à
l’État, parce que les actifs qu’il
achète vont se valoriser. C’est un investissement.
Le choix de ne pas le faire, qui coûterait moins
cher aujourd’hui, nous coûterait infiniment plus
cher demain.
Je veux dire à ceux qui trouvaient que le Grenelle
de l’environnement coûtait trop cher que
c’est la dépense la plus rentable que
l’on puisse imaginer. Elle va créer
600 000 emplois. Elle va donner à la France une
avance considérable dans ce qui est appelé
à être au cœur du nouveau
modèle de la croissance mondiale. Nos finances publiques ne
s’en porteront que mieux. C’est un investissement.
Quand je m’engage sur le projet du Grand Paris, sur
la métropole de l’après-Kyoto, qui sera
le laboratoire du Grenelle et une vitrine mondiale pour le savoir-faire
et pour les technologies françaises, c’est un
investissement.
Nous mobiliserons des moyens nouveaux pour la
réindustrialisation des bassins d’emploi en
difficulté. Je dis que cela vaut mieux que de subventionner
l’inactivité en condamnant les chômeurs
à l’assistanat. (Applaudissements.)
La réindustrialisationest un investissement.
Je souhaite que l’on propose une solution
à tous les adolescents qui sortent du système
scolaire à seize ans sans rien. Je dis que cela nous fait
dépenser davantage aujourd’hui, mais que cela nous
permettra de dépenser beaucoup moins demain, parce que ces
jeunes seront alors capables de trouver un emploi, de fonder une
famille, d’élever leurs enfants, plutôt
que de rester en marge de la société.
C’est un investissement incontournable pour la
société française.
Je souhaite que l’État prenne
à sa charge, dans des internats d’excellence, les
enfants de milieu modeste qui ont le goût de
l’étude, pour leur fournir de bonnes conditions de
vie et de travail. Je dis que c’est mieux pour nos finances
publiques de valoriser toutes les intelligences, tous les talents
plutôt que d’en laisser perdre une partie. Le
gaspillage des intelligences et des talents, c’est le pire
des gaspillages pour un pays. (Applaudissements.)
Je souhaite que soient créées les
conditions d’une vie meilleure dans les lycées,
parce que des lycéens heureux, responsables –
responsabilisés –,
considérés, feront de meilleurs
élèves et donc de meilleurs citoyens. La
réforme du lycée sera l’un des
meilleurs investissements que l’on puisse faire pour
l’avenir.
Je veux revaloriser l’apprentissage, la
filière professionnelle, la filière
technologique, la filière littéraire. Je veux que
l’on mette les moyens nécessaires pour en faire
des filières d’excellence, au même titre
que la filière scientifique, avec des passerelles, avec des
diplômes de haut niveau. J’affirme que
c’est une bonne dépense et que ce qui nous
coûte cher, c’est d’avoir trop
tardé à le faire.
Il faut poursuivre dans la voie de l’autonomie des
universités. Il faut investir dans les campus pour mettre
nos universités à un niveau mondial. Il faut
investir dans les logements pour les étudiants. Je veux que
l’on mette les moyens pour que, dans notre pays, les jeunes
puissent conquérir leur autonomie par leur travail, par leur
mérite. Ainsi, nous pensons à la croissance de
demain.
Au fond, nous sommes placés devant une alternative.
Ou bien on continue à prendre des
décisions qui ont pour effet que le nombre de ceux qui sont
à charge ne cesse de croître, et nous serons
rapidement dans une impasse.
Ou bien nous changeons notre manière de voir les
choses en nous efforçant de faire en sorte que ceux qui
contribuent, d’une manière ou d’une
autre, à la création de richesses soient de plus
en plus nombreux. Alors nous pourrons d’autant mieux
être solidaires avec les plus fragiles, et avoir la
protection sociale et le système de santé que
nous souhaitons.
Nous serons donc au rendez-vous des réformes, au
rendez-vous de la réforme de l’État.
Nous irons jusqu’au bout de la réforme de la carte
administrative, parce que la proximité du service public ne
saurait justifier la déperdition de nos moyens.
Nous ne reculerons pas sur la règle du
non-remplacement d’un départ en retraite sur deux
dans la fonction publique. Non pour des raisons
idéologiques, mais parce que c’est une condition
de l’efficacité de notre administration et de
l’amélioration des conditions de vie et de
carrière de nos fonctionnaires.
Nous irons plus loin dans la maîtrise des
dépenses de santé, parce que j’ai
parfaitement conscience de l’immensité des besoins
financiers, et qu’à ce titre, nous
n’avons pas le droit de laisser gaspiller un seul euro.
Nous irons jusqu’au bout de la réforme
des collectivités locales. (Applaudissements.)
Nous ne nous déroberons pas devant la
réduction du nombre des élus régionaux
et départementaux. Nous ne nous déroberons pas
devant le problème de la répartition des
compétences. Nous ne nous déroberons pas devant
l’effort qui sera demandé à toutes les
collectivités. On ne peut pas exiger de
l’État d’être seul face au
défi gigantesque qui consiste à faire de
l’économie française à
nouveau une économie de production. Ce qui est en cause,
c’est la même nation, c’est le
même citoyen, c’est le même contribuable.
L’effort doit être partagé.
Nous n’éluderons pas la question des
niches sociales, qui font perdre à la
sécurité sociale des recettes dont elle a tant
besoin. (Applaudissements.)
Nous serons au rendez-vous de la réforme des
retraites. 2010 sera un rendez-vous capital. Il faudra que tout soit
mis sur la table : l’âge de la retraite,
la durée de cotisation et, bien sûr, la
pénibilité. Toutes les options seront
examinées. Les partenaires sociaux feront des propositions.
Je n’ai nullement l’intention de fermer le
débat au moment même où je
l’ouvre. Mais quand viendra le temps de la
décision, à la mi-2010, que nul ne doute que le
Gouvernement prendra ses responsabilités. C’est
une question d’honneur, c’est une question de
morale à l’endroit des
générations qui vont nous suivre. (Applaudissements.)
Nous ne laisserons pas un euro d’argent public
gaspillé. Je demande au Parlement de se mobiliser pour
identifier tous les dispositifs inutiles, toutes les aides dont
l’efficacité n’est pas
démontrée, tous les organismes qui ne servent
à rien. Prenez le temps d’en débattre
avec le Gouvernement à la rentrée, afin que des
décisions fortes puissent être prises avant la fin
de cette année.
Mesdames et messieurs les députés,
mesdames et messieurs les sénateurs, nous ne pouvons plus
nous fixer des priorités et ne pas mettre les moyens
financiers nécessaires pour les atteindre. C’est
un problème de crédibilité de la
parole publique.
Cette crise doit être pour nous
l’opportunité de rattraper nos retards
d’investissements, et même de prendre de
l’avance. Il est beaucoup de domaines très
importants pour notre avenir
– aménagement du territoire, avenir de la
ruralité, éducation, formation professionnelle,
recherche, santé, innovation – qui vont
demander des moyens considérables. Nous ne pourrons pas les
satisfaire dans le strict cadre budgétaire annuel. Si nous
ne changeons pas nos pratiques, nous continuerons alors à
scander des priorités sans pouvoir les réaliser.
Mercredi, avec le Premier ministre, nous
procéderons à un remaniement du Gouvernement. Son
premier travail sera de réfléchir à
nos priorités nationales et à la mise en place
d’un emprunt pour les financer.
Ces priorités nationales, nous n’avons
nullement l’intention de les fixer tout seuls. Ces
priorités nationales, c’est-à-dire les
secteurs qui vont préparer l’avenir de la France,
elles concernent le pays tout entier. Le Parlement doit être
associé à leur définition. Les
partenaires sociaux y seront associés. Nous en parlerons
avec eux dès le 1er juillet.
Les responsables économiques, les acteurs du monde de la
culture, de la recherche, de l’éducation seront
également consultés.
Pendant trois mois, nous en discuterons tous ensemble. Quels
sont les quelques secteurs stratégiques et prioritaires pour
préparer l’avenir de la France une fois la crise
refermée ?
Les décisions ne seront prises qu’au
terme de ce débat. Ce à quoi j’appelle,
c’est à une révolution de nos
mentalités, à un changement radical dans notre
rapport à l’avenir.
Quant à l’emprunt, son montant et ses
modalités seront arrêtés une fois que
nous aurons fixé ensemble les priorités. Nous le
ferons soit auprès des Français, soit sur les
marchés financiers, et je prendrai les dispositions
nécessaires pour que cet emprunt soit affecté
exclusivement à ces priorités
stratégiques pour l’avenir. Je dis bien
exclusivement, car j’entends, dans le même temps,
porter le fer dans les dépenses de fonctionnement, dans
celles qui s’avéreront inutiles ou non
prioritaires. (Applaudissements.)
Notre avenir va se jouer sur l’investissement. Notre
avenir va se jouer sur la place que nous allons donner à la
production et au travail dans notre nouveau modèle de
croissance.
Je veux bien sûr poser la question de la
fiscalité : allons-nous continuer à taxer la
production et à taxer le travail alors que nous savons bien
qu’en faisant peser des charges fixes trop lourdes sur le
travail et sur la production, nous détruisons nos emplois et
nos industries ? Les délocalisations
systématiques sont devenues insupportables aux
Français. Notre fiscalité entièrement
ciblée sur la production et sur le travail en est
responsable.
Le but est-il donc que toutes nos usines s’en
aillent ? Le but est-il qu’il n’y ait plus
d’ouvriers dans notre pays ? Je ne veux pas
m’y résigner, parce que ce serait absolument
suicidaire. Ce serait gâcher nos meilleurs atouts.
L’idée d’une France sans usines et sans
ouvriers est une idée folle. C’est un choix
stratégique que je vous propose. (Applaudissements.)
Et c’est au nom de ce choix stratégique
en faveur du travail et de la production que la taxe professionnelle
doit être supprimée. Cette réforme sera
l’occasion de repenser notre système de
fiscalité locale, qui en a bien besoin.
C’est avec la même
détermination que je souhaite que nous allions le plus loin
possible sur la taxe carbone. Plus nous taxerons la pollution et plus
nous pourrons alléger les charges qui pèsent sur
le travail. C’est un enjeu immense. C’est un enjeu
écologique. C’est un enjeu pour l’emploi.
Enfin, comment revaloriser le travail si la valeur, si le
profit ne sont pas équitablement
partagés ? Comment espérer que le
travail soit productif, que le travailleur se sente impliqué
dans son travail, se sente responsable, concerné par la
performance de son entreprise, s’il ne se sent pas
récompensé pour ses efforts ?
L’actionnaire doit être justement
rémunéré, mais le travail doit
être justement considéré. (Applaudissements.)
C’est un débat que j’ai ouvert. Je le
conduirai jusqu’au bout. Et là aussi, je prendrai
mes responsabilités, parce que c’est un
problème de justice.
C’est aussi un problème
d’efficacité. Tout le monde a quelque chose
à gagner dans un nouveau partage, plus équitable,
plus valorisant, plus motivant. C’est aussi cela, le nouveau
modèle de croissance. Il n’y aurait rien de pire,
dans la situation actuelle, alors que dans le monde tout change, que de
pécher par manque d’ambition, par manque
d’audace, et finalement par manque d’imagination.
Je le dis à nos amis et à nos
partenaires européens, la France change. Mais je leur dis
également : l’Europe doit changer aussi.
L’Europe ne pourra plus fonctionner après la crise
comme elle fonctionnait avant. Ce n’est pas le moment de
parler du projet européen de la France, mais
l’Europe doit se donner les moyens de participer à
la transformation du monde. Le changement de l’Europe et le
changement de la France doivent aller de pair.
Vous l’avez compris, Mesdames et Messieurs les
Députés, Mesdames et Messieurs les
Sénateurs, ce que je vous propose, c’est le
mouvement. Ayons le courage de changer.
Nous sommes un vieux pays, sur un vieux continent, avec une
vieille civilisation. L’histoire nous a beaucoup appris.
Retournons-nous un instant. C’est quand la France
s’est convaincue que tout était possible
qu’elle a été la plus grande.
C’est quand la France a épousé
l’avenir qu’elle a été la
plus forte.
Mesdames et Messieurs les Députés,
Mesdames et Messieurs les Sénateurs, cet avenir, les
Français nous ont confié la
responsabilité de le construire ensemble. Eh bien,
c’est ce que nous allons faire.
Vive la République, et vive la France ! (Applaudissements
prolongés.)